Pan à la note ! Panote ...
Pourquoi les professeurs mettent-ils des notes à leurs élèves ?
Pourquoi, alors qu’aucun texte légal ne leur en fait une obligation, qu’ils ne risquent donc pas de sanctions pécuniaires s’ils s’en défont ?
Pourquoi, alors que la note ne fait pas apprendre et qu’elle fait perdre du temps ?
Pourquoi, alors que les parents ne peuvent rien faire avec le verdict (… votre fille a 5 –ou elle a 15- sur 20 en chimie) puisqu’ils ignorent comment le professeur est passé d’une analyse multidimensionnelle de la prestation à une note unidimensionnelle ?
Pourquoi, alors qu’en outre, les parents ignorent comment le professeur a fait apprendre en amont, où le professeur a appris à noter, ce qui l’anime ? Quels paramètres relationnels entrent en jeu dans ce jeu unilatéral ?
Pourquoi noter, enfin, alors que professeurs et parents ignorent les ressorts psychiques de l’élève soumis à questionnement ?
Charles Pepinster
L’annonce — à la sauvette — de la mise en place entre le 19 et le 23 janvier d’une évaluation nationale des connaissances en français et en maths des élèves de CM2, outre la stupeur indignée qu’elle provoque chez les collègues, est une preuve de plus de l’ignorance incroyable de nos dirigeants sur ce qu’est un apprentissage, comment il fonctionne et sur ce que signifie « évaluer ». Il est possible que cette ignorance soit feinte et ne soit en fait qu’une stratégie bassement politicienne destinée à plaire aux plus ignorants des électeurs. Quelle qu’elle soit, elle est, ou navrante, ou scandaleuse. Il serait bon de rappeler quelques données élémentaires sur ces points.
Allons sans détour au cœur du problème par deux thèses : 1/ il existe une idéologie de l’évaluation ; 2/ cette idéologie est une des grandes impostures de la dernière décennie. Commençons par la première thèse. Le terme “idéologie” est à prendre au sens qu’il a acquis depuis Marx : une vision du monde ou, plus modestement, une représentation illusoire qui transforme et même inverse la réalité et qui, pourtant, suscite la croyance ou l’adhésion. La réalité n’est pas ici simplement locale. Elle concerne l’ensemble des pratiques et des activités qui s’inscrivent dans les institutions, les organismes, les établissements publics ou privés. L’idéologie de l’évaluation se répand comme une traînée de poudre. Elle se déploie partout, aussi loin qu’il est possible d’aller.

Voilà un siècle et demi qu’on évalue les élèves de façon inefficace et arbitraire. Mais il ne faut surtout pas le dire. Les notes sont injustes. Flanquées à la tête du client, selon l’humeur du capitaine ou la vitesse du vent.
Si on pense qu’apprendre est une obligation morale qui fait devoir de travailler à l’école, on aboutit logiquement à considérer l’échec scolaire comme la conséquence d’un défaut moral et, à la rigueur, d’une défaillance intellectuelle, dont l’individu porte, seul, la responsabilité. Si on pense qu’apprendre est une nécessité sociale et acquérir des savoirs scolaires, un droit, on considérera l’échec comme un dysfonctionnement scolaire, facteur d’injustice à réparer collectivement.

Les évaluations nationales en CE2, en sixième, en seconde, puis en CP, sont apparues il y a quelques années. Elles sont remplacées aujourd’hui par des évaluations en début de CE1 et CM2, poursuivies elles-mêmes par des tests de compétences en fin de CE1, CM1, CM2.
Nous avions déjà pris position contre cette culture envahissante de l’évaluation ; nous redoutions qu’elle puisse un jour devenir un culte qui étendrait peu à peu son emprise sur l’Education Nationale. C’est chose faite !

Il n’y a ni notes ni classement dans nos écoles. Et vous regrettez le temps où vos enfants vous revenaient, le soir, avec, en mains, leur tableau de chasse :
« J’ai eu trois bons points ! » ... « J’ai gagné deux places... » Mais le “mauvais écolier”, celui qui n’a pas de bon point, ou qui a reculé au classement - et il faut bien qu’il y en ait qui reculent si d’autres avancent - celui-là se cache, dépité et honteux, ou se vante, ou ment, tout comme le chasseur qui s’en revient bredouille de sa randonnée.
Nous avions déjà pris position contre cette culture envahissante de l’évaluation ; nous redoutions qu’elle puisse un jour devenir un culte qui étendrait peu à peu son emprise sur l’Education Nationale. C’est chose faite !

Vilaines manières
Là, interros à tour de bras comme si c’était en pesant le cochon qu’on l’engraissait.
Chacun pour soi. Zéro pour celui qui lorgne sur son voisin…ou qui l’aide.
La loi du prince : contrôle annoncé ou par surprise, questions faciles ou difficiles, ouvertes ou fermées, de réflexion ou de restitution, temps de réponse long ou court, compétition diffuse ou montée en épingle, prof rassurant ou ajoutant du stress, proclamation des résultats discrète ou publique, sans commentaires ou avec jugements énoncés.