Pour l’abolition de la note scolaire

Aujourd’hui : 100.000 sacrifiés

samedi 13 février 2010

Le jeudi 4 février 2010, la première page du journal Vers l’Avenir titrait : « 100.000 sacrifiés chaque année ». On aurait pu croire à un titre accrocheur annonçant un papier lucide au sujet de l’horreur haïtienne. On aurait pu croire à un titre accrocheur annonçant un papier non moins lucide au sujet des personnes licenciées de leur emploi au nom du rendement.
Non. Il s’agissait d’un papier sur ces élèves que l’on fait doubler, que l’on renvoie ou abandonne.

100.000 par an ! 2000 fois les élèves de la Maison des Enfants ! Cela chaque année !
C’est interpellant, mais à bien y réfléchir, la catastrophe était aussi annoncée, d’autant qu’elle se répète d’année en année ; à bien y réfléchir, le sacrifice se fait aussi sur l’autel du rendement ; rendement scolaire qui, à mon sens, n’a pas droit de cité au sein d’une zone neutre. Je pense en effet qu’il faut organiser une zone neutre, pour accueillir, faire grandir, rendre plus intelligent. Zone qui permette de se hâter avec lenteur (festina lente), qui permette d’apprendre en se plantant (c’est comme cela que l’on construit ses racines), qui permette de monter aux arbres dans le talus ou au bois (c’est comme cela que l’on peut trouver sa branche), bref, qui permette à des enfants de vivre et d’apprendre ensemble sans la peur de l’exclusion ou de la blessure.

En revanche, je ne crois pas que le sacrifice de 100.000 enfants augmente de quelque façon le bonheur général d’une société. Je crois plutôt que ces « sacrifiés » ont droit de cité dans cette zone neutre. Voilà pourquoi nous voulons que des enfants qui ont vécu cette situation parfois tragique puissent en côtoyer d’autres qui ont échappé à cette catastrophe. Voilà aussi pourquoi nous tentons de supprimer toutes les formes de compétition scolaire entre enfants, dans les limites que certaines lois imposent à notre grand dam. J’ajouterai que ce brassage d’enfants ne fait que correspondre aux réalités de la vie avec toutefois une qualité supplémentaire : la rencontre de l’autre y est organisée et souhaitée. Et puis, n’oublions pas, le futur ministre de l’enseignement se trouve aujourd’hui dans une classe… S’il est aujourd’hui à la Maison des Enfants, je préfère qu’il se souvienne d’une école où l’on se serrait les coudes plutôt que d’une où l’on jouait des coudes.
A méditer.

Jean-François Manil

- Membre du Groupe Belge d’Éducation Nouvelle (GBEN)
- Co-auteur, avec Léonard Guillaume, de La rage de faire apprendre


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