Pour l’abolition de la note scolaire

L’évaluation : au profit de l’élève ... ou logique libérale ?

Contre la dictature de l’évaluation dans l’Education Nationale - octobre 2007
dimanche 28 février 2010

Les évaluations nationales en CE2, en sixième, en seconde, puis en CP, sont apparues il y a quelques années. Elles sont remplacées aujourd’hui par des évaluations en début de CE1 et CM2, poursuivies elles-mêmes par des tests de compétences en fin de CE1, CM1, CM2.

Nous avions déjà pris position contre cette culture envahissante de l’évaluation ; nous redoutions qu’elle puisse un jour devenir un culte qui étendrait peu à peu son emprise sur l’Education Nationale. C’est chose faite !

Force est de constater que ces évaluations, relèvent d’une conception économique de l’éducation. Reposant sur de larges inégalités culturelles et sociales, elles se bornent en effet aux seules compétences des élèves dans les domaines de la maîtrise de l’écrit et du calcul.

Pour certains enfants, il s’agit d’un moment difficile qui leur renvoie une image froide, dès les premiers jours, de leurs lacunes, ce qui peut paralyser tout désir d’apprentissage. Il y a danger, sous prétexte de remédiation et d’individualisation, d’isoler et d’enfermer un enfant dans un parcours qui l’éloignera encore plus des autres. Ainsi l’orientation précoce se prépare dès le primaire !

Toute évaluation ne peut se concevoir que dans une globalité d’apprentissage. Les brevets, chers à la pédagogie Freinet, jalonnent le chemin sur lequel l’enfant est engagé, l’évaluation devient ainsi naturelle. Ils prennent sens car ils s’inscrivent dans un travail coopératif. Cette évaluation sensible est alors en cohérence avec le tâtonnement expérimental et la méthode naturelle d’apprentissage. Elle doit avant tout profiter à l’élève. Elle fait intervenir plusieurs référentiels qui ne sont ni antérieurs, ni extérieurs mais qui s’élaborent au fur et à mesure du développement de l’enfant, ce qui ne saurait donc en faire un dispositif, mais bien un processus, une démarche.

Mais si nous reconnaissons à l’évaluation son utilité, voire même sa nécessité, nous sommes effrayés par les utilisations pernicieuses qui en sont faites.

Ainsi les résultats sont de plus en plus transformés en moyenne par classe, par établissement, par circonscription, par département… ce qui ouvre la voie à tous les classements et comparaisons possibles.

Cette concurrence entraîne des pratiques qui pervertissent totalement l’idée même d’évaluation. Les derniers textes tels que la loi 2005 ou plus récemment, la lettre du président de la République, confirment que nous sommes bien entrés dans une culture du résultat chiffré, incompatible avec les problématiques de l’enseignement-apprentissage. Nous sommes à présent sous l’emprise de la LOLF et son lot d’indicateurs (de pilotage, de réussite, de performances), en contradiction avec les intentions affichées au départ par le dispositif d’évaluation. Les conséquences ne pourront être que néfastes dès lors qu’elles impriment une nouvelle pression à la réussite des enfants, des jeunes et conditionneront pour une bonne part l’octroi de moyens aux écoles et établissements.

Il ne faut alors pas s’étonner que certaines écoles s’imposent un véritable bachotage dans les semaines qui précèdent les évaluations nationales.

Certains établissements utilisent ces résultats comme argument publicitaire, alimentant ainsi le dispositif des demandes de dérogation. La concurrence ainsi suscitée entre les établissements est de plus en plus malsaine et concourt grandement au renforcement de la logique libérale dans le système éducatif français.

Une autre menace se fait jour avec la mise en place progressive d’un fichage informatisé (Base élèves). Il est fort probable qu’à moyen terme les évaluations y soient insérées, conduisant ainsi à une véritable traçabilité des enfants. Le risque de stigmatisation durable de certains au mépris des évolutions personnelles, sans compter les interconnections possibles avec d’autres fichages (prévention de la délinquance, chasse aux sans papiers…), impliquent de notre part un devoir de vigilance, voire de résistance.

En poursuivant sur les voies ouvertes dans le domaine de l’évaluation par la pédagogie Freinet, et en rappelant qu’il n’y a aucune obligation de faire remonter les résultats de ces évaluations à l’administration puisque le législateur a prévu qu’elles devaient rester un outil pour l’enseignant et les équipes pédagogiques, nous contribuerons alors à combattre le développement d’une telle logique.

Le Comité d’Animation de l’ICEM-Pédagogie Freinet - Le 30 octobre 2007

L’Institut Coopératif de l’École Moderne (ICEM-Pédagogie Freinet) est un mouvement pédagogique, créé en 1947 par Célestin Freinet rassemblant autour de lui un certain nombre de pionniers. L’ICEM regroupe aujourd’hui de nombreux enseignants, formateurs et éducateurs autour de principes pédagogiques communs.


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