Pour l’abolition de la note scolaire

La tyrannie de la note

jeudi 28 novembre 2013 par Charles Pepinster

La tyrannie de la note

Elle est partout la manie de coller un nombre, par nature unidimensionnel, sur une activité complexe. Il suffit de regarder la télévision où, rien qu’avec la mode des concours culinaires, touristiques ou artistiques on distribue continuellement des bons et des mauvais points.

Omniprésent et insidieux, le chiffrage imprègne peu à peu les mentalités individuelles puis collectives, il finit par aller de soi… comme un véritable cheval de Troie du consumérisme.

La contingence du nombre prend même une allure galopante et envahit jusque l’école maternelle où elle risque d’être avalée comme une couleuvre et d’uniformiser les Cultures. Là, elle dissimule ses canines sous une peau de mouton : on stigmatise les apprentissages (les ‘compétences’, à 2 ans !) par des smileys, des couleurs, des médailles et même des lettres… qui se rapprochent des chiffres.

Ouvrons les yeux grâce à l’extrait suivant d’un livre français (« Apprendre ou à laisser » par Meyer, édition Ramsay, page 70.) où apparaît une empreinte pernicieuse et durable de l’école.

« Depuis quelques années, le bulletin scolaire a été introduit en maternelle (NB, en France).

Un peu comme un couperet, il tombe en fin d’année scolaire en petite section (NB, en France à partir de 2 ans), en fin de semestre en moyenne section et en fin de trimestre en grande section. Les compétences évaluées sont validées selon un code de trois lettres : A pour « acquis », V pour « en voie d’acquisition » et N pour « non acquis ». Depuis peu, on emploie : N pour « non acquis », RR pour « réussites rares », RF pour « réussites fréquentes » et AC pour « acquis et consolidé ». Les instructions officielles déclinent ainsi diverses compétences à acquérir selon la proposition « être capable de… » signifiant des objectifs à atteindre ».

Remarque : un Prix Nobel est toujours « en voie d’acquisition ». Alors, pour lui, V ou RF ? Ou, modeste, il se donnerait un RR… Pour/quoi ? 

1549, au secours !

Cette année-là, Etienne de la Boétie a 19 ans. Il écrit, dans son « Discours de la Servitude Volontaire » un réquisitoire contre toute tyrannie, un pamphlet qui, actualisé serait ajusté au système de la notation à tous les niveaux de l’école :

« Soyez résolus de ne plus le servir (ce système) et vous voilà libres. Je ne vous demande pas de le pousser, de l’ébranler, mais seulement de ne plus le soutenir, et vous le verrez, tel un grand colosse dont on a brisé la base, fondre sous son poids et se rompre ». Cessons d’y croire, d’y faire croire.

L’ami de Montaigle semble avoir trouvé pourquoi les institutrices maternelles, par exemple, ne pratiquent pas l’objection de conscience à « La folie évaluation » [1] lorsqu’il dit : « La première raison pour laquelle les hommes servent volontairement, c’est qu’ils naissent serfs et qu’ils sont élevés comme tels ».

Poussées dans le dos pour être rassurées lors des tests, et être en harmonie avec une hiérarchie souvent autoritaire, elles opèrent inconsciemment en rapt sur le jeu de l’enfant, donc sur l’Enfance, chaque fois qu’elles visent les A et autres RF aussi incroyables que les RR, AC (assez !) en imposant des exercices spécifiques artificiels, décharnés donc, fournis par des pseudo-scientifiques. 

Un antidote à lire et méditer : « Un jardin d’Enfance d’Education Nouvelle », par Eugénie Eloy, éd. Chronique Sociale, janvier 2014.

Par bonheur, un sursaut est possible, on le voit. Merci, Monsieur de la Boétie !

Charles Pepinster, GBEN.

pepinstercharles@ymail.com

[1« ou Les nouvelles fabriques de la servitude » par Alain Abelhauser, Roland Gori, Marie-Jean Sauret. Ed. Mille et une Nuit.


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La tyrannie de la note

28 novembre 2013
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